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GALERIE D'ART CONTEMPORAIN

   Le vivant : de questions en questions

Ernest Breleur


Le vivant de questions en questions, tel est le titre de ma prochaine exposition à la Maelle Galerie. Je m’aperçois que ce titre est celui qui couvre l’ensemble de mon travail artistique. Les questions que je me pose sont certes philosophiques, mais elles concernent aussi et surtout une certaine approche de la sculpture. Je donne corps à mon projet sculptural. Une ambition, donner une forme au vide.

« Le vase est d’argile
Mais c’est le vide qui fait le vase.
Mais le vide qui fait le vase.
Il faut à la maison des murs et un toit
Mais c’est l’espace habitable
Qui fait la maison.
Ainsi, la matière est utile
Mais l’essence des choses est immatérielle
Comme l’âme des êtres. *»

Ici la matière et la lumière se liguent pour l’apparition d’un étrange. Mes sculptures donnent à voir le moins de matière que possible. Chacun des objets trouve sa consistance physique dans une superposition de lamelles fines construites de matière et de lumière. Cette élaboration je la nomme processus de « laméllisation.
Dans cette pratique de « lamellisation » la question du vide est une de mes préoccupations, tant du point de vue sculptural que du point de vue de ma pensée philosophique. Il s’agit de donner corps à la métaphore de la genèse du vivant, il n’est point question de mimer ou encore de trouver une explication au surgissement de l’être au monde mais de mettre en évidence une poétique du monde se peuplant. Durant cette période reculée du « peuplement » il y a une absence de la vie sous formes de visible, absence de modèle…
Je me plais à imaginer le champ des possibles ouverts par ces velléités et tentatives de vie menées par ces cellules anonymes, dans leur élan à se transformer en espèces, en identités différentes. J’imagine aussi la bataille de la transformation pour ces infiniment petits qui doivent prendre forme et sans destin précis, chaque cellule vivante voulant devenir un être au monde en s’inventant.

C’est dans cette « métaphorisation » de la genèse que se trouve le moteur de ma création. Ce qui me passionne dans l’avènement du vivant c’est la frénésie de l’accès à la vie, en même temps que la différentiation de chaque candidat à la vie. Il me semble qu’une poétique singulière tout comme une poïétique (comme celui de l‘artiste) habite la terre dans ces moments de la genèse du vivant. La Lumière combine avec je ne sais trop quoi dans ces diverses accessions à la vie. De l’absence de vie à l’apparition d’un infiniment petit, lieu de la multiplication des possibles, toutes les alchimies n’ont pu voir le jour.

De ma pensée purement poétique je trouve passionnant la volonté des premières cellules à devenir autre chose que cellule. Je suppute le nombre d’échec, de bifurcations, peut-être même de retour en arrière, ou encore de métissages, ou encore…

Toujours dans ma pensée poétique je crois percevoir durant cette genèse de la vie, un univers certes chaotique le destin des espèces en devenir. j’imagine cette période comme si je pouvais la contracter dans un temps donné à ma portée pour mieux la saisir et la prendre comme objet de réflexion.

Ma création, au carrefour de la vie, du végétal, de l’animal se croise, se métisse pour engendrer des êtres au monde. Cette vision poétique de la genèse du vivant m’interpelle, mais elle n’est pas pour moi l’essentiel dans l’acte de création. Je cherche un parallèle entre ce moment vertigineux du vivant qui se crée et ma création artistique.

J’ose penser l’apparition de la vie comme un immense champ de création où chaque atome, chaque embryon de cellule se bat et aspire à devenir un vivant. C’est la frénésie de la vie.
La profusion des formes, des étranges, des couleurs de matières, devaient être extraordinaire, en me référant à la genèse du vivant je trouve prétexte à libérer ma créativité en construisant mon univers étrange sans contrainte de représentation.
*Lao Tseu

Ernest Breleur, le 24 octobre 2012