OPALINE ET VÂYOU

du 08/01 au 06/02/16

JÉRÉMIE PAUL

Tel un passeur de mondes, Jérémie Paul cultive l’entre deux. Entre terre et mer, sacré et profane, animal et humain, masculin et féminin, entre le même et l’autre, foisonnent des espaces im(pré)visibles, que Jérémie Paul explore. Jérémie Paul n’aime pas l’exotisme : celui ci tente de séparer l’ici et l’ailleurs, ce qui depuis toujours s’hybride.

Tel un Ulysse vagabond, Jérémie Paul a côtoyé les rives de plusieurs genres artistiques, expressionnisme, surréalisme, pop art, dessin satyrique, cartoons et les icônes de plusieurs civilisations. Il part à la rencontre de multiples techniques, installation, porcelaine, gravure, peinture, dessin. Mais la saturation des couleurs du lagon et la fluidité des espaces insulaires, il les retrouve principalement dans l’usage du pastel et des encres sur soie. Et Jérémie Paul ne retient à chaque halte de sa traversée des styles, des cultures, des techniques et des mondes, que ce qui lui permet de construire un espace poétique aussi inattendu que celui de la rencontre d’une pastèque et d’un hippopotame, d’un condor et d’une casquette.
Les hybridations croissantes des cultures et de leurs images, les engloutissements, les acculturations, les survivances et les disparitions, les fabuleux syncrétismes des peuples, de leurs divinités et de leurs langues provoquent parfois ces instants de grâce inouïe, auxquels l’artiste est aux aguets. Aux aguets de temps improbables encore, comme ce calme intense après le passage du cyclone Hugo sur l’île de la Guadeloupe.
D’Haïti, Jérémie Paul retient la figure d’Erzulie, entre Madone et vaudou.
Du Mexique, où il séjourne à plusieurs reprises, le rouge incandescent des laines des tapissiers des montagnes qui lui prêtent leur savoir faire pour tisser un tapis à l ‘effigie d’Erzulie, et dont la pointe s’achève dans une goutte de sang.
Du Japon, la vague universelle d’Okusai, de l’hindouisme le dieu Vâyou, insaisissable, des USA, la pop culture, les boîtes de soupe d’Andy Warhol, remplacées par des tranches de cake tout aussi facétieuses qui forment comme autant d’écrans à images, les Clippers, héros du basketball, et l’étoile noire de star wars, enfin le fameux « yes we can » réapproprié par un Mickey transgenre.
De la Chine, il utilise les soies aux multiples brillances et textures. Crêpes, pongées et autres variétés soyeuses offrent des tombés ondoyants qui accueillent une vague qui se dessine et redessine à l’infini et que l’artiste peint selon des techniques traditionnelles.

Dans ce bruissement fluvial d’images et de formes, un nouveau continent advient, un continent d’après la fin des vieux mondes engloutis dans le maelstrom de la mondialisation. Un continent fait d’îles et de passages entre les récifs. L’art de Jérémie Paul est un archipel. 

Opaline et Vâyou de Jérémie Paul : à la rencontre du sixième continent
Myriam Odile Blin, sociologue, décembre 2015.