FR | EN
GALERIE D'ART CONTEMPORAIN

   Abel Techer

Julie Crenn


L’œuvre d’Abel Techer s’inscrit dans un héritage artistique lié à la scène queer qui développe depuis les années 1930 une réflexion sur le genre, le corps et les stéréotypes sexuels. De Frida Kahlo à Catherine Opie, en passant par Andy Warhol, Claude Cahun, Samuel Fosso ou Jean-Luc Verna, le jeune artiste explore la performance du genre. Par la peinture, la photographie, la sculpture, l’installation et la vidéo, il réalise des portraits et des autoportraits pour mettre en image et donner des formes à la construction d’une identité, d’un « corps culturel », d’une histoire personnelle dont la portée est, comme bien souvent, collective. Abel Techer superpose son visage à celui de sa mère, interrogeant la filiation physique, la relation intime, l’histoire commune. Alors, les autoportraits agissent comme les écrans de son intimité et d’une identité mouvante. Ses traits et ses formes androgynes perturbent les critères standards d’identification ou de catégorisation. Un homme ? Une Femme ? Peu importe… En ce sens, il active la notion de la performativité du genre telle qu’elle est énoncée par Judith Butler. Théoricienne féministe américaine, Judith Butler envisage le genre comme une identité fluctuante, qui se transforme au fil de l’expérience de vie de chacun. Elle parle alors d’une performativité du genre qui « n’est pas un acte unique, mais une répétition et un rituel, qui produit ses effets à travers un processus de naturalisation qui prend corps, un processus qu’il faut comprendre, en partie, comme une temporalité qui se tient dans et par la culture. » (Troubles dans le genre – 2005). Abel Techer met en avant ce qu’il nomme « la malléabilité des genres ». Il s’agit alors pour lui de lutter contre les automatismes et les clichés dictés par la pensée dominante. Par le travestissement, le travail des poses et l’exposition du corps, l’artiste se joue des critères sexués, masculin/féminin, pour déconstruire un discours vétuste, étriqué et oppressif.