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GALERIE D'ART CONTEMPORAIN

   Epidermique

Olivia Breleur


En véritable contemplateur de la nature, Poupel interroge fruits et fleurs car il leur trouve une capacité inouïe à convoquer la peau et la chair, mais aussi la vie et la mort. « Ce qu’il y a de plus profond dans l’homme c’est la peau 1», s’il s’évertue à nous montrer notre enveloppe charnelle, et s’attarde à la surface de l’épiderme, son désir ultime est de questionner l’intériorité du corps, questionner sa pérennité.

Poupel nous met face à nos terribles angoisses, à nos terribles démons. Puisque Hegel pense que l’«on ne représente jamais un corps pour lui-même mais en fonction de l’idée que l’on en forme » ; alors avec une certaine impuissance Poupel nous donne à voir le corps dans sa capacité à céder devant la mort. « Nous vivons dans l’oubli de nos métamorphoses 2» c’est peut être ce que le photographe tente de nous susurrer à l’oreille.

Dans chacune de ses photographies, il y a là, latent, tapis dans l’ombre, les innombrables tic-tac du temps qui passe. Le temps, celui qui joue des tours au corps, celui qui le marque, le transforme, le triture, le déforme, le fragilise, le fane et qui l’entraîne irrémédiablement vers la finitude.

Dans « (…) Ses portraits de fleurs, aussi roses et nacrées que des intimités féminines, il les traite à la manière de squelettes qui s’ignorent. Véritables vanités du Grand siècle, ses somptueux all-over de fleurs qu’il a rassemblé en un grand quadriptique, pots-pourris aux teintes rouges et violacées, fanés de taches de rouille, d’où émergent subrepticement des pointes de seins féminins, parfois percées d’anneaux, aux relents sado-masochistes sont des vies silencieuses, promises tant au plaisir qu’à la destruction. Les pétales de rose comme la chair des femmes sont des fruits défendus soumis à la torture de la mort et du dépérissement. 3 »